Nelson Mandela disait :   “l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde.”

Le continent africain sera la première force de travail du monde en 2050. Et l’Afrique ne doit pas rater le coche. Pas cette fois-ci. Deux tiers de la population africaine ont moins de 25 ans : une force vive qui ne demande qu’à être formée. Le retard est préoccupant, l’accès à l’enseignement supérieur n’est que de 7% en Afrique contre 76% dans les pays occidentaux. Sur fond d’absence de perspectives, l’Afrique est aujourd’hui au cœur des luttes d’influence qui s’exacerbent, le terrorisme s’installe, les migrations s’accélèrent. Pour cela la seule réponse durable, le seul outil de masse disponible qui s’impose, est l’éducation. Mais aujourd’hui pour conjuguer « masse et efficacité » il faut nécessairement avoir recours au « numérique » et investir dans les « contenus.

Nous devons transformer les systèmes d’enseignement supérieur et de formations professionnelles pour mieux répondre aux besoins de l’économie. Le défi est ainsi de valoriser et de booster le capital humain en Afrique en dehors des circuits classiques qui montrent leurs limites. L’Afrique doit trouver ses solutions en Afrique et avec les Africains.

La promotion du capital humain est un élément important de productivité, ce qui implique l’existence d’un système de formation capable de monter en compétences les ressources humaines satisfaisant les exigences du marché du travail.

Nous avons des initiatives qui ont montré que l’on pouvait avec succès changer d’approche comme celle de 2IE, qui face à une forte demande de formation non satisfaite, a lancé en 2013 « Taxi Brousse ». Un nouveau dispositif de formation professionnelle low cost en ligne très souple et flexible, adapté aux contraintes des jeunes et des professionnels et qui leur permet de se former à leur rythme et selon leurs moyens tout au long de leur carrière.

On constate en effet aujourd’hui que l’omniprésence d’Internet a bouleversé l’accès aux savoirs, les individus ayant désormais un accès direct à une multitude de sources sur tous les canaux disponibles (téléphone portable, tablette, ordinateur…). Le recours au numérique à travers des formations en ligne permet d’engager un changement d’échelle permettant de satisfaire l’accès à la formation.

« L’Afrique entre dans l’ère digitale. Plus de 720 millions d’Africains possèdent un téléphone portable, 167 millions utilisent déjà Internet, et 52 millions sont sur ​​Facebook. Internet va générer une croissance économique et des transformations sociales […] en particulier dans le secteur de l’éducation. Les étudiants commencent à apprendre via de nouveaux outils pédagogiques numériques. »« Lions go digital : the Internet transformative potential in Africa » McKinsey Global Institute, Novembre 2013

Nous faisons face à de nouvelles dynamiques d’apprentissage et nos institutions et pouvoirs publics africains doivent prendre cela en compte. Ce n’est pas simple, car les résistances au changement sont fortes. De nouveaux formats d’E-learning, plus réactifs et plus interactifs ont ainsi vu le jour : Serious Game (le plus ancien dans le monde de l’entreprise), MOOC (Massive Open Online Course) à l’initiative des universités. Ils remettent en cause en réalité plus de deux siècles de transmission univoque du savoir et de monopole. C’est un bouleversement qui ébranle aussi bien les institutions de formation que le corps enseignant. La logique qui l’emporte encore est donc bien souvent de construire des écoles, des centres de formation, des universités, tout en sachant qu’ils ne pourront absorber le flot démographique.

« Un serious game est un jeu vidéo à visée pédagogique dans lequel le joueur, accomplissant ses missions de jeu, vit une expérience unique qu’il transforme en une véritable expertise au fur et à mesure de ses victoires successives.» Serious Game, révolution pédagogique, de Valérie Boudier, Yves Dambach, Editions Hermes, Lavoisier.

Le Serious Game se différencie ainsi des autres modes d’apprentissage par :

Une rupture technologique : l’apprenant est en immersion total dans son monde professionnel, il est ainsi un acteur de sa formation, il prend des décisions, il établit une stratégie commerciale ou financière, il agit, il manipule…

Une rupture pédagogique : on abandonne le modèle transmissif pour embrasser le modèle constructiviste, un apprentissage par la construction, par l’entendement qui est la faculté de percevoir, de comprendre par l’intelligence et se différencie ainsi de la mémoire, de la perception, de l’imagination, et de toutes les facultés qui ne font pas appel à la raison selon Burloud. On met donc en avant la découverte autonome ou encore l’importance des tâtonnements dans l’acte d’apprendre. L’individu ne se contente plus de recevoir des données brutes, il les sélectionne et les assimile.

Ce mode de formation qui peut donc se faire à distance participe à l’amélioration de la qualité des contenus pédagogiques et permet, en s’appuyant sur des logiques de co-construction des contenus, d’agir efficacement sur l’adéquation Emploi/Formation. Pour illustrer cela, on peut citer Mecagenius. C’est un serious game né de l’alliance entre l’Université de Toulouse et du privé (KTM Advance) dans le cadre d’un projet en génie mécanique de BAC-3 à BAC+4. Ce Serious game, déployé en France dans plus de 30 établissements (lycées et campus), qui recense plus de 500 utilisateurs, permet notamment d’apprendre à piloter des machines-outils. Un test a été réalisé avec succès à Abidjan en mai 2015 à l’initiative de l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët Boigny et de KTM Advance Sénégal. En trois sessions d’une demi-journée c’est plus de 50 jeunes bacheliers qui ont accédé sans problème à ce mode d’apprentissage, et ont validé de nouvelles compétences. Ce qui montre, d’une part l’aptitude des jeunes africains à maîtriser et utiliser l’univers numérique pour apprendre, et d’autre part que le partenariat entre les institutions de formation et le secteur privé est un levier puissant qu’il faut utiliser. On ne construira pas le futur ni contre, ni à côté d’eux mais avec eux. L’enjeu est que le numérique ne soit pas une nouvelle technologie importée ou une nouvelle source de dépendance, mais qu’il permette de mobiliser les enseignants et les professionnels africains pour concevoir des contenus adaptés aux contextes sociologiques, économiques et professionnels qui sont ceux du continent dans toute sa diversité.

D’autres initiatives sont en cours sur le continent africain. Au Sénégal par exemple, où la création d’une filiale KTM Advance Sénégal a noué un partenariat gagnant-gagnant avec des centres de formation de grande renommée (ESMT, CESAG, ENA). Ces «mariages » vont permettre de déployer en ligne des solutions de formation sur des domaines différents, télécommunication, gestion, entrepreneuriat, administration. Ce qui montre la flexibilité des dispositifs s’appuyant sur le numérique qui mettent, quel que soit le domaine, l’accent sur l’employabilité des apprenants et leur développement de compétences. L’Afrique est donc en mesure de produire des contenus opérationnels, efficaces et abordables, et d’être ainsi un acteur et pas seulement un consommateur dans un marché mondial de la formation et du « savoir » en pleine révolution et en pleine expansion.

Cependant, il ne faut pas se cacher que le chemin reste difficile, pour plusieurs raisons. La première est assez classique puisqu’il s’agit de financer l’innovation. Malgré l’engouement pour l’Afrique, le constat reste amer. Les institutions de financement publiques et privées ne sont pas formées ni « outillées », ni en définitive prêtes à accompagner la construction de l’économie de demain.

La seconde tient à l’accès internet. A quelques exceptions près, les débits restent dérisoires et les coûts élevés, alors même que les grosses infrastructures sont en place.

Enfin, parce que le numérique n’a pas de frontières, le morcellement de l’Afrique, la petite taille des marchés nationaux à mettre souvent en relation avec une complexité des réglementations et du paysage institutionnel notamment dans le domaine de l’éducation et de la formation, font qu’il est plus confortable de former l’Afrique depuis la côte ouest des Etats-Unis plutôt que d’investir en Afrique et de produire et de diffuser des contenus made in Africa.

Cela doit changer et nous faisons d’ores et déjà en sorte que cela change.

Rama Fall – Directrice générale – KTM ADVANCE SENEGAL

Lire l’article : http://www.africafrance.org/blog-les-serious-games-sont-en-mesure-de-reinventer-la-formation-sur-le-continent-africain/